lundi 5 octobre 2015

La Bataille de Rethel






















La bataille de Rethel, est une bataille qui a eu lieu pendant la Fronde, au 17e siècle,  que l'on peut placer en marge de la guerre franco-espagnole. Elle se déroula le 15 décembre 1650, non pas à Rethel, mais entre Sommepy, Saint-Étienne-à-Arnes et Semide, proche de Reims. Elle impliqua les Espagnols et les Frondeurs contre les troupes royales.

Cette rivière d'Aisne, qui traverse la ville en son centre, fut bien la cause de nombreux combats (1411, 1543, 1650, 1814, 1870, 1914, 1940). Selon une légende, sa fondation serait due à Jules César qui y aurait établi son camp. On lit dans la vie de saint-Arnoul, évêque de Metz, que Cyriaque, son père, et Quintienne, sa mère, donnèrent à saint Rémi, évêque de Reims, tout ce qu'ils possédaient in villa Reistete, pour obtenir du ciel un fils de ses prières. La petite cité appartient ensuite à l'abbaye de Saint-Remi de Reims et est administré par des avoués. L'un d'eux, Manassès Ier, s'intitule comte de Rethel. La ville est ensuite le siège d'un comté érigé en pairie (1405), en duché (1581) et qui devint en 1663 le duché de Mazarin.
Lors de la guerre franco-espagnole, la ville tombe devant le grand Condé le 30 octobre 1652 après quatre jours de siège1 mais fut reprise en juillet 1653 par l’armée royale française2.
En 1814, les prisonniers de guerre espagnols importent le typhus à Rethel. Jean-Baptiste Reberotte-Labesse prodigue ses soins aux soldats qui sont atteints. En 1832 et en 1849, le choléra éclate à Rethel ; en 1839, c'est la fièvre typhoïde qui fait d'énormes ravages à Barby, les morts se comptaient par trentaine chaque jour. Conseiller municipal depuis 1830, conseiller d'arrondissement, adjoint au maire pendant 20 ans, conseiller général jusqu'à la guerre, en 1869, M. Reberotte fut nommé maire de Rethel.












Un livre traduit du vieux Français racontant la bataille de Rethel

 1650

 La chronique de Champagne, Volume 3

  Par Henri Fleury,L. Paris 

 NOTICE

 Rethel, en latin Reiteste, Reisletum, Registctum, et même Rasirum, dans le diplôme de Donchery fait par l'empereur Charles le Gros à l'abbaye de Saint Médard, la ville fût bâtie sur la rivière d'Aisne à sept lieues de Reims et douze de Chalons, elle n'était qu'un village au VIe siècle. On voit, en effet, dans la vie de saint Arnoul, évêque de Metz, que Cyriaque, son père, et Quintienne sa mère donnèrent à saint Hem, l'évêque de Reims tout ce qu' ils possédaient in « villa Reileste » pour avoir un enfant, un fils plus précisément.

Ce n' était pas encore au Xe siècle un lieu bien important, lorsque vers l' an 970, Adalbéron, archevêque de Reims, en fit don, avec d'autres domaines, à l abbaye de Saint Remi. Les religieux de ce monastère nommèrent pour la défense de ces terres des avoués, qui, bientôt se rendirent propriétaires et prirent le titre de comtes. Le Rethélois érigé en duché le 15 décembre 1663 sous le titre de Mazarin, comprenait, avec la baronie de Rosoy, qui a été unie, 336 bourgs villages, et trois villes ; Rethel, Mézières et Donchery. Les armes de Rethel sont de gueules à deux ratiaux endentelès d'or qui semblent faire allusion au nom de Rasirum que cette ville, comme on l'a dit, à quelquefois porté Rethel, fut autrefois compris dans les sept comtés-pairies de Champagne. Le récit qu'on va lire de la bataille de Rethel, perdue par les Espagnols, que commandait Turenne, est extrait des Mémoires de l'évêqne de la Ravalière dont les manuscrits, nombreux sur l'histoire de Champagne, se trouvent à la Bibliothèque royale et nous ont été obligeamment communiqués.

Le Roy venait de terminer ses affaires et fut obligé d'aller en Guienne. Dès qu'il eut planifié cette province, il donna ordre de chasser les ennemis des lieux qu' ils avaient fortifiés en Champagne, et d'empêcher le maréchal de Turenne de mettre le pays à contribution avec l'armée qu'il commandait. Les troupes et les munitions nécessaires pour un siège s'avançaient vers Reims et Châlons, le maréchal Du Plessis, à la tête d'une partie de l'armée, qu'il avait commandée durant toute la campagne, se logea près de Vitry en Perthois et feignit d'en vouloir à Bar. Il demanda au sieur de Villequier, l'un des lieutenants généraux de cette armée, de prendre la route vers Châlons, et, aux troupes commandées par le sieur de la Ferté Senneterre, aussi lieutenant général, de s'approcher de Saint Dizier. Ils restèrent sur ces positions jusqu'à ce que l'artillerie,les munitions de guerre, et de bouche, fussent en l'état qu' il désirait. Le maréchal de Turenne s'avança pour les observer, il vint se poster auprès de Montfaucon et il jeta deux ponts sur la Meuse auprès de Dun. On jugea qu'on ne tenterait pas inutilement de l'engager à combattre s'il repasserait la Meuse proche de notre armée. La prise de Rethel était plus importante pour la sûreté de nos frontières qu'il serait plus glorieux d'attendre avant de la combattre, ce, lorsque les troupes allemandes et celles que le comte de Ligniville, avait dans les montagnes de la Lorraine, l'auraient rejoint.
Le maréchal Du Plessis décida donc de marcher, il demanda aux sieurs de Villequier et d'Hoquincourt, lieutenants généraux, d'aller investir Rethel avec leurs brigades et de presser leur marche. Ils le firent si virulement que les militaires, une fois arrivée, ne purent rompre le pont de Tugny qui facilitait beaucoup l'entreprise et donnait lieu d'empêcher que la cavalerie de Rethel ne brûlât les villages et les fourrages de delà la rivière.

Une partie de la garnison travaillait à le ruiner, lorsque d'Hoquincourt arriva, il le passa et se logea aux endroits qui empèchaient la cavalerie ennemie de sortir du village de Villequier, il resta en deça, et il ne joignit d'Hoquincourt que le lendemain. Le maréchal Du Plessis marchait à grandes journées avec la cavalerie française, celle du lieutenant général Roze. La plupart des bataillons de l'infanterie possédait deux pièces de canon, qu'il amenait de Saint-Dizier, les troupes de la vieille cavalerie allemande, commandées par Fleckenstein maréchal de camp, tenait l'arrière garde. En cet ordre, il parut le vendredi 9 de décembre sur les hauteurs à la vue de Rethel et il dispatcha son armée dans les villages voisins. Il reconnut la place, et, après avoir pris la résolution d'attaquer le grand faubourg de la rivière, qu'il était important de gagner pour éviter les travaux d'une circonvallation (ligne de défense continue) qu' il aurait fallu faire de ce côté là, il jeta dans le village d'Assy, en deça, un détachement de mille mousquetaires sous les ordres du sieur d'Aimeras capitaine au régiment des gardes. On avait dessein de jeter un pont sur le bras de la rivière qui enferme le faubourg, la largeur rendait la chose impraticable et l'on se détermina à forcer la partie du faubourg qui n'est couverte que d'un petit ruisseau où l'église des Minimes est située. On l'emporta avec beaucoup de vigueur, tout ce qui fit résistance fut passé au fil de l'épée, le sieur Manicamp, lieutenant général, et le sieur de Valon, maréchal de camp, qui commandait après lui sur le terrain, y passèrent la nuit. La porte du faubourg était défendue par un ouvrage de terre qu'ils abandonnèrent, il s'agissait de battre cette porte. On fit avancer le canon et l'on se prépara à l'attaquer le lendemain. Le logement que nous avions dans les Minimes nous rendit maîtres d'une redoute de pierre, à l entrée de ce faubourg, une enseigne et dix huit soldats qui la gardaient y furent faits prisonniers. La nuit du samedi au dimanche on fit passer le ruisseau sur un petit bateau à vingt cinq soldats du régiment de Rambures, commandés par le sieur Dufresne. Ils entrèrent dans le faubourg sans résistance, et, paraissant tout à coup, la confusion régna parmi les Espagnols, ils lâchèrent pied, abandonnèrent le faubourg, et furent poursuivis si vivement qu'ils ne purent achever de rompre le pont dormant qui est sur la rivière pour entrer dans la ville. Le sieur de Manicamp fit faire aussitôt un retranchement à la tête du pont et insista sur ce qu'il avait proposé auparavant, qu'on pourrait forcer la place de ce côté là. Le maréchal Du Plessis avait été d'un avis contraire que parce que la rapidité de la rivière, en cet endroit, ne permettait point d'y jeter un pont. Mais depuis qu'on se fût rendu maître du faubourg, la difficulté était surmontée, il ne restait qu'à rétablir celui de la ville.
Dès que la nuit l'eût permis, on mit en batterie une pièce de canon qui brisa la porte et qui fit une brèche dans la tour qui la défendait. On continua à tirer tout le lundi 12 du même mois, la brèche étant suffisante, on raccommoda le pont à l'entrée de la nuit. Pendant que l'on battait la porte, les assiégés la remplissaient par derrière de terre et de fumier jusqu'à la voûte, et ils la comblèrent en dedans presque à l'épaisseur de l'arcade intérieure de la ville. On eût perdu trop de temps et de monde à percer cet ouvrage, l'assaut était moins meurtrier et moins difficile, la brèche, que le canon avait augmentée, parut une voie plus prompte. Le régiment de la Marine passa avec une intrépidité extraordinaire sur des bouts d'ais restés du pont et des planches qu'on jeta dessus. L'ennemi faisait un feu continuel avec les flancs de la porte qu'on n'avait pu ruiner en aussi peu de temps. On s'établit à l'instant sur le terrain qui est entre la ville et la muraille, et l'on se logea sur la porte par la brèche. Pendant que nos soldats y montaient, on arrêta le feu des ennemis en commandant des fantassins, vingt ou trente tiraient sans cesse du bord de la rivière aux créneaux de la porte. Chaque créneau était attaqué en même temps par une même quantité d'hommes, ce qui empêcha les Espagnols de se montrer pour tirer un seul coup. Le premier des nôtres qui entra dans la ville fut un nommé Randoulet, originaire de Rethel, charpentier de sa profession, qui s'était signalé au passage du pont. Lorsqu'on monta à la brèche, il s'avança témérairement dans la grande rue, presque seul, et il y fut fait prisonnier de guerre. Le maréchal de Du Plessis Praslin, après la prise de la ville, lui fit donner 8o pistoles de récompense, il perdit par la suite la gloire qu'il avait acquise par cette action au mois de mai de l'année 1653. Randoulet se mit à la tête d'un parti du prince de Condé, contre sa propre patrie, volant indifféremment ses concitoyens, comme les autres, qu'il rencontrait et le 18 du même mois, il fut tué près de Boult sur Suippes par ceux de Rethel en retournant à Château Porcien. Dès que nos troupes se furent logées sur le rempart, elles s'étendirent et firent des prisonniers, les assiégés avancèrent sur nous avec des grenades, ils écartèrent ceux des nôtres qui étaient descendus pour dégager la porte des terres qui en fermait l'entrée. Cet avantage dura peu, une partie des Espagnols se retira en confusion dans le château, l'autre défendit la brèche. Le lendemain mardi 13, Delponty, gouverneur, fut sommé de se rendre, il manquait de fourrages et de provisions et il courait le risque de voir emporter la ville à une deuxième attaque sans pouvoir l'en empêcher. Vers neuf heures du matin il offrit des ôtages et demanda à traiter pour la reddition de la place. La première proposition fut qu'on lui permît de faire avertir le maréchal de Turenne de l'état de la ville, et que, si dans dix jours il ne recevait point de secours, il se rendrait.

Cet article fut rejeté, l'on n' écouta point non plus les autres et les ôtages furent renvoyés. Quelques heures se passèrent pendant lesquelles on donnait les ordres pour réduire la ville. Le gouverneur envoya une deuxième fois faire de nouvelles propositions qui furent accordées et signées. Il s' engageait quand même, les secours viendrait à la garnison espagnole le lendemain mercredi 14, à la pointe du jour. A peine la capitulation fut elle réglée qu' on apprit que les ennemis approchaient. Le maréchal de Praslin dépêcha aussitôt dans tous les quartiers avec ordre de venir le joindre afin de former un corps, et de bien recevoir le maréchal de Turenne. L' armée fut en bataille toute la nuit et l' on ne douta point qu' on en vînt aux mains. L' avantage que l' on venait d' avoir sur les Espagnols et les desseins que l' on formait sur le Château Porcien étaient importants, mais il restait quelque chose de plus essentiel ; il s' agissait d' empêcher les ennemis de prendre des quartiers en France où ils eussent fait subsister le corps de leur cavalerie, à nos dépends, maîtres de l' augmenter quand ils voudraient, en état d' agir, et de s' avancer dans le royaume à l' ouverture de la campagne. Il fallait : ou leur faire tête durant tout l' hiver, ce qui aurait infailliblement ruiné notre armée, ou les combattre au commencement du printemps. On voyait assez qu' il était plus à propos de hasarder la bataille avant que la saison devînt plus rigoureuse, puisqu' en attendant, nos troupes affaiblies seraient difficilement remplacées au lieu que l' armée de M de Turenne pouvait aisément se rafraîchir et augmenter par les corps que les Espagnols y envoyaient de tous côtés. On avait encore un autre parti à prendre : c' était d' entrer dans les quartiers d' hiver, mais c' était autant ou pire que de perdre un combat. M de Turenne, par cette retraite, devenait également redoutable pour la campagne prochaine. Ces raisons qui furent agitées par les généraux, firent prendre la résolution d' aller droit à lui et de l' obliger à combattre ou de repasser la Meuse, d' autant plus que l'armée, en se mettant en marche, souffrirait moins qu' en demeurant en bataille comme elle avait fait la nuit précédente. Le maréchal de Turenne nous aida lui-même à exécuter ce dessein, son but était de nous surprendre pendant le siège, lorsque notre armée se serait séparée par la rivière, et par cette action, de s' emparer de notre pont. Il donna ses ordres aux troupes qu' il faisait marcher à grandes journées au milieu des plaines. Le canon et son infanterie étaient déjà à Tugny, à deux grandes lieues, au de-là du corps de la cavalerie. Dès qu' il eut appris, par nos déserteurs, que, depuis deux jours nous étions maîtres du faubourg et que Del ponty avait signé sa capitulation, il se retira avec précipitation, et, marchant toute la nuit, il se couvrit de la rivière d' Aisne et campa dans la vallée de Bourg. M de Praslin, bien informé de ce mouvement, fit presser le gouverneur de Rethel d' exécuter sa capitulation dès la pointe du jour, et, en même temps que la garnison sortait, il partit avec l' armée pour joindre M de Turenne avant qu' il fût trop éloigné. Il faisait nuit lorsque l' armée arriva à Juniville, Bignicourt, Ville sur Retourne et le Mesnil-en-Nelles, les partis détachés par les sieurs d' Hoquincourt et Roze, qui étaient aux quartiers plus avancés, rapportèrent que les ennemis étaient encore dans la vallée de Bourg. M de Praslin qui ne voulait pas échapper à cette occasion de combattre, fit avancer toute l' armée dès que la lune fut levée et le lendemain, entre neuf ou dix heures du matin, elle se trouva près du village de Semide.

Les Croates ne faisaient que d' en sortir, sur l' avis qu' il avaient de notre marche, ils envoyèrent aussitôt au quartier général, d où l' on fit trois décharges de six coups de canon chacune, pour assembler les troupes. L' armée du Roy allait droit aux quartiers de celle des ennemis pour se placer dans leur centre et les empêcher de se joindre. On les vit paraître sur des hauteurs encore éloignées de nous, marchant pour s' assembler, et ,se mettant en bataille, M de Praslin fit de son côté la même chose, de sorte que les deux armées marchèrent plus d' une lieue sur deux lignes parallèles assez proches l' une de l' autre. Le maréchal de Praslin, qui voulait couper chemin aux ennemis, eut le dessein de gagner avec son aile droite la hauteur sur laquelle était la gauche des ennemis pour, de là, la prendre en flanc. Mais comme la chose fut trouvée trop hasardeuse et que les premiers escadrons n' eussent pu être soutenus, il s' arrêta et mit ses troupes en ordre de bataille. L' aile droite de l' armée du Roy avait, à sa première ligne, quinze escadrons de cavalerie et à leur tête, les sieurs de Villequier et de Manicamp, avec le comte Du Plessis, maréchal de camp. Ils étaient soutenus à la deuxième ligne par les troupes allemandes commandées par le maréchal de camp Fleckenstein. A la première ligne de l' aile gauche étaient les sieurs d' Hoquincourt et de Roze, lieutenants généraux, les sieurs de Navailles Saint Genier et de Courval maréchaux de camp, avec dix escadrons de cavalerie française et quatre autres d' allemands du corps du sieur Roze lieutenant général. A chacune des ailes étaient joints cinq cents mousquetaires séparés en pelotons, avec des officiers qui les commandaient. La première ligne d' infanterie était composée de six bataillons et la deuxième de cinq. Au milieu et entre ces deux lignes d' infanterie, on avait placé deux escadrons de gens d' armes du prince Thomas, des compagnies franches du maréchal Du Flessy et du marquis de Praslin, et d' Igby. Le corps de réserve, derrière cette deuxième ligne, était formé par les escadrons de la Ferté Maupas et Noirmoutier et des deux bataillons des marquis de Montausier et de Courval. Dès que cet ordre fut établi, M de Praslin, qui craignait que M de Turenne ne lui échappât, alla reconnaitre le vallon qui séparait les deux armées, il le trouva assez facile, hormis à l' endroit par où l' infanterie devait passer, et, par conséquent, plus avantageux pour nous parce qu' il était moins accessible à la cavalerie dont les ennemis étaient en plus grand nombre que nous. Quantité de nos cavaliers étaient demeurés avec tous les bagages de l' armée de Rethel, on avait laissé derrière divers corps de cavalerie et d' infanterie, soit pour le siège de Château Porcien, où l' on avait envoyé le sieur de Bougy, maréchal de camp, soit pour des escortes de vivres et des munitions de guerre. D' autres venaient de Reims à Rethel, mais ils ne pouvaient joindre l' armée qui s' était avancée et qu' ils croyaient occupée au siège. On fut surpris que M de Turenne eut quitté une hauteur qui lui était avantageuse, d' autant plus qu' il devait juger que nous allions à lui, que M de Praslin était allé reconnaître comment il pouvait l' attaquer.

En même temps, il envoya avertir M d' Hoquincourt que la situation de son aile gauche, lui permettant de s' étendre plus que sur la droite de ses ennemis, serait un bon point d'attaque, il l' aborda donc sur le flanc. Les ennemis ne soutinrent point de ce côté là, avec l' effort des nôtres, tout plia devant nos troupes, cinq escadrons, qui étaient dans un fond, venaient nous prendre en flanc. Mr d' Hoquincourt alla à eux, les chargea et les mit en fuite, il gagna ensuite une hauteur sur la droite où les ennemis se ralliaient. Un gros des ennemis allait tomber sur les escadrons de Roze, le lieutenant général, le sieur de Cossé, qui commandait la deuxième ligne et qui n' était point nécessaire à M d Hoquincourt, qui devait également soutenir en cas de besoin, chargea, ce gros le rompit et le mit en fuite. Le choc fut beaucoup plus rude et le combat plus opiniâtre à l aile droite. La première ligne des ennemis, joignit la nôtre, et demeura quelque temps sans tirer, heurtant la tête des chevaux, les unes contre les autres. On avait défendu aux nôtres de faire la première décharge, ils essuyèrent le feu des ennemis qui nous tuèrent un grand nombre d' officiers et de cavaliers, le comte Du Plessis resta mort. Cette perte enflamma le courage du soldat qui poussa et rompit les ennemis. Les escadrons les plus proches de notre infanterie auprès desquels était M de Praslin, soutinrent les plus grands efforts du combat, ils firent reculer d' abord la première ligne des ennemis, mais la deuxième venant les appuyer, les nôtres plièrent et furent contraints de céder au nombre. On les rallia presque aussitôt. Les ennemis qui avaient eus l' avantage en cet endroit, n' osèrent entreprendre de les pousser plus avant. Fleckenstein, avec les huit escadrons qui avaient ordre de soutenir ce qui venait de la deuxième ligne des ennemis, arriva en chargeant. Ceux d' entre eux qui faisaient bonne contenance en cet endroit, il les contraignit à perdre leur terrain. Deux de leurs escadrons vinrent à eux et les rallièrent, ils vinrent ensemble fondre sur notre infanterie qui se trouva pour la deuxième fois seule et sans être appuyée de cavalerie, le corps de réserve, qui avait déjà chargé, était éloigné, elle parut cependant avec une résolution si ferme que l' on ne craignit point que les ennemis la renversassent. Elle fit plusieurs mouvements à mesure qu' ils se présentaient pour l' enfoncer attendant à tirer qu' ils fussent, pour ainsi dire, au bout du fusil.

Le maréchal Du Plessis Praslin ordonna aux escadrons, qui étaient encore désordonnés après avoir chargé plusieurs fois, de ce rallier derrière l'infanterie. Le sieur de Villequier, qui avait vaincu les ennemis à son aile droite, vint heureusement avec ce qu' il avait pu ramasser, le sieur de Manicamp, blessé qu' il fut, nous renforça, et, dans cet état, l' on attaqua le corps de deux escadrons de cavalerie ennemie et de deux bataillons d' infanterie qui nous disputaient la victoire. Cette action fut vive mais décisive. A la tête des deux bataillons il y avaient quelques pièces de canon chargées de cartouches qui éclaircirent nos rangs, le nombre en fut diminué, mais la valeur n' en souffrit pas. La cavalerie, voyant que cet effort ne nous ébranlait pas, prit la fuite, l' infanterie fit sa décharge, elle nous tua neuf officiers dans le seul bataillon de Montausier, on fit ensuite un grand carnage, le reste demeura entre nos mains, et, de cette sorte, nous achevâmes de demeurer maîtres du champ de bataille. La cavalerie poursuivait les ennemis, M de Praslin, fit avancer toute l' infanterie pour la soutenir. On rallia tout ce qui s' était débandé contre les fuyards, et, jusqu' à la nuit, on fit des prisonniers, de ce nombre fut crée un corps d' infanterie de plus de huit cents hommes que le sieur de Cossé rencontra, en même temps que le régiment de Ruvigny commençait à les attaquer.
On ne pouvait espérer remporter une victoire plus complète. Les canons des ennemis constitués de huit pièces, ainsi que leurs munitions de guerre et une grande quantité de chariots chargés de leurs bagages, restèrent entre nos mains. Ils perdirent, dans cette mémorable journée, toutes leurs timbales, vingt quatre enseignes d' infanterie, car la plupart des régiments allemands n' en portent qu' une et quatre vingt quatre étendards. De quatre officiers généraux qui commandaient leur armée, Don Estevan di Gamarra, commandant les troupes espagnoles, qui avait toute la direction de l' armée du roi d' Espagne, fut fait prisonnier, de même que le sieur Fauge, l' un des généraux de l' armée du Duc Charles de Lorraine. Le comte de Ligniville fut blessé, le maréchal de Turenne, qui craignait quelques fâcheux événements pour lui, se sauva du côté de Bar, avec quarante chevaux avant la déroute entière de son armée. Tous les colonels, tant de cavalerie que d' infanterie des ennemis qui étaient à cette bataille, ont été tués ou fait prisonniers à la réserve des comtes de Bossut et Réens, qui se sont sauvés. L infanterie des ennemis était au nombre de trois mille cinq cents hommes, il n' en resta pas un seul qui ne fut tué ou pris, deux mille trois cents des prisonniers, entrèrent dans les corps des Allemands, des Irlandais et des Polonais de l' armée du Roy. Outre deux mille deux cents autres, cavaliers comme fantassins, furent gardés.
Le champ de bataille et le chemin par où ils se sauvaient étaient couverts de plus de deux mille morts, parmi lesquels se trouvait le prince palatin. Les partis de cavalerie, que l' on avait détachés, après, les fuyards en tuèrent un grand nombre, les paysans ne leur faisaient pas de quartier. On avait rompu les ponts de la rivière d' Aisne par où on pouvait se retirer, ainsi il n' en échappait presque aucun. On eut peine à retenir nos soldats qui ne voulaient pas épargner les Français qu' ils trouvaient prisonniers avec les ennemis les armes à la main contre leur patrie. Cette victoire entraîna la réduction de Château Porcien, le sieur de Bougy somma la place qui se rendit discrétement. La garnison, constituée de trois cents hommes, prisonniers, parti dans nos troupes, celles que les ennemis avaient dirigées dans les châteaux environnant, au delà de la rivière d' Aisne, firent de même. Ces garnisons assuraient leur communication jusqu à Stenay, ils y en avaient aussi à Olizy. Cinq Champs ; Quincourt, Busancy, Gaban, Charbonne, Beaumont et douze autres endroits furent gagnés.

Les paysans, que le sieur de Bougy avait commandés pour reprendre la plupart de ces châteaux, bravèrent avec autant d'ordre et de valeur que des troupes réglées. Ils s' avancèrent jusqu' au dessous de Stenay et taillèrent en pièces la garnison de Guincourt, au nombre de cent cinquante hommes qui se sauvaient sans même avoir capitulés. Ceux de Busancy résistèrent un peu, après quoi, ils se rendirent et entrèrent dans les troupes du Roy. Entre les personnes de considération que nous perdîmes dans cette bataille, on comptait quatre maréchaux de camp tués sur place, au nombre desquels il était possible de compter le comte Du Plessis, le général major Roze, frère du lieutenant général, le colonel Bens et le vicomte de l' Hôpital. Les sieurs de Rabutin d' Andrecy et de Miremont, gentilshommes du pays de Reims, s' y distinguèrent par leur valeur, aussi bien que les sieurs Chertemps de Bergerie lieutenant de Picardie, Colbert, enseigne dans le même régiment, qui commandaient chacun un des pelotons de mousquetaires dont nous avons parlé. Ils étaient originaires de Reims, de même que le sieur Petit de Hartebize, cornette de cavalerie, qui eut part à cette action glorieuse. Le sieur d' Apremont commandait à Rethel lorsqu' il fut pris, on le soupçonna d' intelligence avec les ennemis, sa terre de Balan fut conservée pendant que les pilleurs agissaient. Il se retira à Reims où deux cents cavaliers l'escortèrent suivant l' un des articles de sa capitulation, il y eut mille reproches à essuyer.


Lire page 302 en vieux Français; 

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